Lundi 9 novembre 2009
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A Berlin, le mur a chuté il y a tout juste vingt ans. Mais à Belfast, une des dernières villes clotûrées d'Europe, les palissades ne sont pas près de connaître le
même sort...
La plus longue peaceline de Belfast (environ 1,5 km), côté Shankill
Road. (photo JB Allemand)
Elle se dresse fièrement, cette masse grise et grillagée. Depuis 1969,
à Belfast-ouest, une peace-line de 8 mètres
de haut sépare le quartier républicain de Falls Road et le quartier loyaliste de Shankill Road. C'est la plus célèbre des
nombreuses clôtures de séparation que compte la ville. Aujourd'hui, malgré l'arrêt des violences, la zone est toujours partiellement ouverte et soumise à un couvre-feu. "Les portes de
la peace-line se ferment à 6 heures du soir et sont rouvertes à 8 heures du matin", présente Paddy Maguire, un habitant du coin, côté républicain.
Il la connaît bien, cette peaceline. Ancien militant de l'IRA ayant raccroché les armes, Paddy Maguire s'est longtemps battu au pied de la clôture, lorsque les loyalistes protestants venaient
"bombarder" les habitations de Falls Road. Aujourd'hui, il peut se balader du côté de Shankill sans crainte des balles. Mais il n'est pas complètement serein de ce côté de la barrière : "J'ai peur
que quelqu'un me reconnaisse", confie-t-il.
Paddy Maguire, un ancien de l'IRA, a combattu au pied de la peaceline, côté Falls
Road. Comme beaucoup, il aimerait que le mur soit abattu... mais pas maintenant. (photo JB Allemand)
Pourtant, Paddy Maguire, aimerait bien le voir par terre, ce mur. Mais... certainement pas tout de suite. "Les communautés ne pourront pas vivre ensemble, il y a encore trop de haîne, déplore-t-il.
Dans vingt ans, peut-être..." Une vision qui correspond à l'opinion majoritaire de la population vivant près des peacelines. Selon un
sondage réalisé début 2008 (page 4), 60% de cette population souhaite la destruction des murs, mais "quand ce sera
sécurisé, pas maintenant."
Tout n'est pourtant pas si noir dans la ville. Des ouvertures apparaissent çà et là, sous la houlette du
Belfast Interface
Project, un organisme visant à régénérer les zones de jonction (interfaces) entre quartiers protestants et catholiques. A
Duncan Gardens, une rue tampon de Belfast-Nord, le
North City Business Centre contraste avec les tristes palissades qui
l'entourent. Depuis sa création en 1994, cette plate-forme logistique n'a cessé de s'agrandir, et elle compte aujourd'hui une quarantaine d'entreprises recrutant des deux côtés de Duncan Gardens.
Dans le même genre, dans une zone d'interface de la banlieue sud-ouest de Belfast, un
centre commercial mixte moderne a remplacé des
magasins en déclin.
A Belfast-Nord, un "business centre" moderne est situé entre deux quartiers
catholique et protestant. Il offre des emplois aux deux communautés. (photo JB Allemand)
Malheureusement, ces ouvertures sont aussi accompagnées... de fermetures. Comme celle qui s'est produite dans la banlieue nord de Belfast. Il y a deux ans, une clôture de 6 mètres de haut a été
érigée au beau milieu d'une école primaire, la Harzelwood Integrated Primary
School. L'établissement avait le malheur d'être une interface entre deux quartiers "rivaux". Ironie du sort ? Cette école est l'une des seules de la ville à accueillir à la fois... des élèves
catholiques et protestants.