[Analyse] LA POLICE RATTRAPEE PAR SON PASSE TROUBLE

Publié le par Jean-Baptiste Allemand


Une récente émeute loyaliste est venue fragiliser la réputation de la police, longtemps accusée de partialité -voire plus- en faveur des protestants.


Portadown steve lUn poste de police à Portadown (source flicker.com, photo steve_l)


Le 29 novembre dernier, un rassemblement nocturne avait été organisé par des loyalistes protestants au centre-ville de Portadown, au centre de l'Irlande du Nord. Son but était clair : "Montrer aux républicains que nous ne tolérerons pas leur attitude ou leur présence dans notre quartier". Cette démonstration de force était connue de longue date : un avertissement quant à son organisation est parue dès le 19 novembre dans le journal Irish News. Pourtant, le rassemblement a pu se tenir, regroupant 200 personnes selon des témoins. Et il tourna à l'émeute pendant trois heures : dix policiers ont été blessés et des voitures incendiées.

Les forces de l'ordre ont vite été critiquées quant à leur gestion de l'évènement. Dolores Kelly, une élue locale du SPLD, parti républicain pourtant modéré, les a carrément accusé de collusion : "En permettant à cette foule de s'assembler, la police s'est assurée que le message suivant a été envoyé : les catholiques ou nationalistes ne sont pas les bienvenus dans le centre-ville de Portadown". La police s'est défendue laconiquement, en indiquant que sa réponse au rassemblement avait été "appropriée".

Condamnée par l'ONU en 1998

Cette affaire tombe mal pour la police nord-irlandaise, qui tente difficilement de retrouver la confiance de la communauté catholique. Composée à plus de 90% de protestants pendant les Troubles, elle a été régulièrement soupçonnée de sympathie envers les groupes loyalistes armés. Sympathie, voire même collusion. Amnesty International a longtemps enquêté, au début des années 90, sur les agissements curieux des forces de l'ordre : alléger son dispositif de sécurité autour des habitations des catholiques juste avant des attaques loyalistes, par exemple. En 1998, l'ONU en personne a condamné la police nord-irlandaise, l'accusant dans un rapport d'intimider les avocats représentant les paramilitaires républicains.

Et bien que le recrutement équitable de catholiques et protestants soit aujourd'hui de mise dans la police nord-irlandaise, cette dernière est régulièrement rattrapée par ses vieux démons. Le comportement de policiers lors du meurtre d'un catholique en 1997 fait toujours l'objet d'une enquête, douze ans plus tard. Le dernier rebondissement en date est survenu pas plus tard qu'hier : selon l'avocat de la famille de la victime, le policier chargé de l'enquête aurait téléphoné à un suspect le lendemain du meurtre, pour l'avertir de brûler les vêtements qu'il portait...

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Cyril 09/12/2009 22:01


"l'ONU en personne" j'avoue la formulation me laisse un peu sceptique...  ^^


Jean-Baptiste Allemand 09/12/2009 22:36


L'ONU est une personne morale, comme toutes les organisations, nous dit le droit. Nan mais !!

(ouf, je m'en sors plutôt bien sur ce coup-là ^^)