Mardi 15 décembre 2009
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Dans les prisons nord-irlandaises, il existe des "forums" permettant aux détenus de participer à l'organisation de la vie carcérale. Des dispositifs qui ne semblent
pas près d'apparaître en France...
(source flickr.com, photo jonathandumortier)
"Les tueurs ont leur mot à dire sur Maghaberry" : Voilà
l'accroche-choc du
Belfast Telegraph, qui a révélé la
création de "forums de prisonniers" dans la prison de haute-sécurité de Maghaberry, à une vingtaine de kilomètres de Belfast. La semaine denière, les détenus - ex-paramilitaires, personnes
condamnée pour viol ou meurtre - y ont désigné un total de quarante délégués, qui ont pu siéger lors de réunions aux côtés du personnel pénitenciaire. L'objectif ? Tenir compte de leurs avis et
remarques sur l'organisation de la vie en prison.
Face aux réticences des employés de la prison, qui craignent
"une menace accrue pour leurs vies", le Prison Service (chargé de la gestion des prisons britanniques) s'est justifié. Dans un
droit de réponse au
Belfast Telegraph, il
a défendu un
projet "bon et moderne",
"recommandé par le Chef-inspecteur de la justice criminelle en Irlande du Nord".
"De tels forums sont courants en Angleterre et dans de nombreux
autres pays", rappelle-t-il.
Une étude réalisée en 2006 par Norman Bishop, expert suédois sur l'administration pénitentiaire, lui donne raison. Ce genre de comités
existe aussi en Allemagne, Suède ou aux Pays-Bas. L'étude poursuit avec l'examen particulier de 26 établissements britanniques accueillant de tels comités. Elle souligne que
"deux / tiers des
directeurs de prison" ont constaté l'apparition, entre prisonniers et personnel pénitentiaire, de
"moyens de communication réciproques claires et d’une meilleure
qualité".
Recommandés par l'Europe,
ignorés par la France
Et qu'existe-t-il du côté de la France ? Rien. La Direction de l'administration pénitentiaire, jointe aujourd'hui, indique qu'
"il n'y a aucun dispositif de ce type" sur le territoire
national, sans donner d'explications sur les raisons de cette absence. Une situation que déplore l'association
Ban Public, qui cherche à
promouvoir les droits des prisonniers. "
La part du dialogue est ultra réduite au sein du système carcéral français", dénonce Milko Paris, président de l'association. Il prend un autre
exemple : "
Il existe des associations socio-culturelles dans les prisons, mais les détenus ne siègent pas au conseil d'administration. Ils ne peuvent pas décider des activités mises en
place..." La conclusion de Milko Paris est sans appel :
"En France, quand on va en prison, on est condamné à perdre sa liberté d"expression."
En 2006, le Conseil de l'Europe a pourtant inclus, dans les
Règles pénitentiaires européennes
(RPE), la participation des détenus à l'organisation de la vie carcérale. Mais le respect de ces régles n'est pas obligatoire par les Etats-membres.
"Il faut que le texte soit
contraignant, estime Milko Paris.
Sinon, la France ne l'appliquera jamais." Notre système carcéral, déjà confronté à la
surpopulation et au manque de moyens financiers, est décidément bien malade.